Obama veut responsabiliser les Américains
| Article posté par F.Filali le 2009-01-20, visualisé 865 fois. |
Comment Barack Obama a-t-il marqué la transition avec son prédécesseur ? Il a férocement critiqué les "enfantillages", les "haines" et les divisions du passé. Il visait bien sûr l'administration Bush. La dureté de cette condamnation traduit avant tout une volonté de rupture entre deux époques et deux générations. Les élections de 2008 marquent bel et bien la fin de l'âge conservateur aux Etats-Unis. Mais tout en tournant une page de l'histoire américaine, Barack Obama a tenu un discours d'union. Il a rappelé les valeurs fondatrices de la nation, se réclamant des idéaux des pères fondateurs et de l'esprit de la révolution américaine. Chaque président se réclame d'une certaine continuité constitutionnelle. Le fil d'Ariane d'Obama remonte jusqu'à Jefferson, Lincoln et Roosevelt. Ce sont les trois grandes figures appelées à la rescousse devant la tâche très difficile qui l'attend.
Quelles valeurs a-t-il voulu porter ?
Obama a beaucoup insisté sur les notions de responsabilité et de sacrifice. Ces deux termes ont été rarement prononcés au cours des huit dernières années. L'administration Bush a fait croire qu'on pouvait mener deux guerres à l'extérieur et baisser les impôts à l'intérieur, présenter l'Etat comme un ennemi de la liberté et l'appeler à la rescousse en cas de catastrophe naturelle ou économique. Le nouveau président, lui, veut responsabiliser les Américains. Il en revient à l'idée fondatrice d'un peuple qui prend sa destinée collective en main en s'imposant des sacrifices. C'est pour ça qu'il a cité les trois premiers mots de la Constitution américaine : "We the people", nous le peuple. Comme Kennedy en 1961, il demande aux citoyens de se réapproprier l'Etat et la destinée politique des Etats-Unis. Leur liberté et leur richesse matérielle en dépend.
Pour porter ce message, Barack Obama s'est montré moins lyrique qu'à l'accoutumée. A quoi tient cette nouvelle sobriété ?
La sobriété du ton révèle avant tout la très grande gravité du moment. Ce manque de lyrisme est donc délibéré. Obama a toujours montré une intelligence politique et un sens du timing remarquable. On ne peut pas parler de sacrifice, de responsabilité et de refondation sur un ton qui galvanise les foules.
Son investiture, dans sa mise en scène, se distingue-t-elle des précédentes ?
Pas vraiment. Elle s'inscrit dans une tradition de religion civile à l'américaine avec un mélange de cérémonial et d'organisation millimétrée. La prière du pasteur Warren, avant le serment, puis le sermon du révérend Joseph Lowery participent de ce rituel. Aux Etats-Unis, la pratique religieuse a inspiré directement les idéaux révolutionnaires. Contrairement à Bush, Obama trace une ligne de séparation très nette entre religion et Etat, mais dans un moment d'unité nationale, il se doit de placer son mandat sous les auspices d'un être supérieur.
Pourquoi n'a-t-il pas précisé le cadre de ses réformes ?
Ce n'est pas le moment politique pour annoncer un programme partisan de gouvernement. Il ne faut pas confondre le discours inaugural et le discours sur l'état de l'union. Un discours inaugural est fait pour rassembler. Il ne comporte jamais de propositions précises en matière de politique étrangère ou de politique intérieure. Ce n'est pas un hasard si la guerre contre le terrorisme ou les réformes institutionnelles n'ont été abordées qu'en termes très vagues. Le nouveau président sait qu'il aura besoin de tous les démocrates et d'une partie des républicains pour mener à bien son programme économique. Il doit construire aujourd'hui des ponts pour demain.
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